[Intro] La porte est fermée. Les néons du hall sont éteints. Une lampe reste allumée au-dessus du cahier. [Verse] J’attends que les derniers pas disparaissent derrière la place. Je remets les chaises contre le mur, je ramasse un capuchon de feutre. Quarante-sept pages aujourd’hui. Pas quarante-sept plaintes. Des conditions. Des délais. Des noms. Des demandes de retour. Une phrase dit : « Je peux accepter une réponse qui me déplaît si je comprends qui l’a prise et si quelqu’un me l’explique. » Je la relis deux fois. Dans l’archive, deux étages plus bas, le sceau rouge dort encore. [Chorus] Après la fermeture, les mots restent ici. Pas sauvés par l’écriture, pas perdus dans la nuit. Après la fermeture, je ne sais pas ce qui suivra. Mais demain quelqu’un devra ouvrir le cahier avant de parler à sa place. [Verse] Je pense au scribe de dix-sept cent quatre-vingt-neuf, à sa plume coupant les phrases trop vives. Je pense au retraité du quai, à six heures quarante-deux. Je pense à l’infirmière, aux biscuits mangés debout. À la mère qui compte les factures. À Inès que j’ai inventée pour l’exposition, pour voir si dans quinze ans la question aurait seulement changé de formulaire. Je ne sais pas si cette table change quoi que ce soit. Peut-être qu’un jour ce cahier rejoindra les boîtes grises. Cette pensée me fait mal. Alors j’écris sur la première page intérieure : « Ne pas archiver avant d’avoir répondu. » [Chorus] Après la fermeture, les mots restent ici. Pas sauvés par l’écriture, pas perdus dans la nuit. Après la fermeture, je ne sais pas ce qui suivra. Mais demain quelqu’un devra ouvrir le cahier avant de parler à sa place. [Cello Interlude] [Bridge] Écouter n’est pas être d’accord. Écouter n’est pas promettre que chaque demande sera satisfaite. Écouter n’est pas additionner des voix jusqu’à obtenir une moyenne tranquille. Peut-être qu’écouter commence quand celui qui décide accepte de laisser une question modifier sa propre phrase. Je n’ai pas de preuve. Seulement quarante-sept pages et une table vide autour. [Final Chorus] Après la fermeture, les mots restent ici. Pas sauvés par l’écriture, pas perdus dans la nuit. Après la fermeture, je ne sais pas ce qui suivra. Mais demain quelqu’un devra ouvrir le cahier avant de parler à sa place. [Outro] Je ferme les fenêtres. Je tourne la clef. La mairie devient noire. À travers la porte vitrée, on voit encore la couverture sous la lampe. Dessus, une seule question : Qu’est-ce qui devrait changer pour que vous croyiez de nouveau que quelqu’un écoute ? La pendule avance. Le cahier attend. Pas une réponse. Quelqu’un.